La techno est un genre de musique électronique apparu aux États-Unis en 1986.

Le plus souvent composée en home studio et réinterprétée par des disc jockeys lors de pratiques festives, la techno est avant tout une musique de danse, par essence répétitive. Il est de fait possible de lui trouver de nombreux précurseurs, tels le titre Autobahn de Kraftwerk paru en 1974 ou bien Tomorrow Never Knows des Beatles en 1966 dans l'album Revolver.

Sa gestation s'est faite en parallèle de l'apparition de la House music à Chicago, mais la techno s'inspire plus volontiers encore de l'electro et de la new wave, ainsi que de la soul, du funk et des thèmes musicaux futuristes qui prévalaient dans la culture populaire, notamment de l'Amérique industrielle de la fin de la guerre froide.

Au cours des années 1990, la techno se développe en véritable culture musicale grâce à l'accueil que réservent l'Angleterre et surtout l'Allemagne aux artistes de Détroit. L'enthousiasme de nombreux musiciens européens conduit à l'émergence de multiples genres de musiques électroniques plus ou moins directement reliés au genre originel.

 

Le passé musical de la ville de Détroit est particulièrement riche, notamment symbolisé par le label Motown qui fit de Détroit entre 1959 et 1971 l'épicentre de la soul et du funk aux États-Unis. Si les pionniers de la techno revendiquent cet héritage, ils précisent néanmoins que certains groupes européens ont joué un rôle capital, au premier rang desquels se trouve sans doute le groupe allemand Kraftwerk. Toutefois, dès 1966, les Beatles enregistrent une chanson répétitive, au motif rythmique obsédant, Tomorrow Never Knows (sur l'album Revolver) composée par John Lennon sur un seul accord (do) et agrémentée de boucles sonores qui apparaissent, disparaissent, s'inversent et se superposent dans le mixage. L'ingénieur du son Geoff Emerick, aux manettes lors de l'enregistrement de ce titre, le considère comme étant le véritable précurseur du genre techno (« beat and loop driven music »). Cependant, Paul McCartney avoue, cette année-là, qu'admiratif, il reconnaît l'influence du musicien américain Brian Wilson : les deux créateurs, attirés par le son expérimental, resteront en contact.

Il est aussi utile de rappeler l'apport essentiel de l'ingénieur américain Robert Moog et également de sa condisciple Wendy Carlos, à travers entre autres les expérimentations sonores qu'ils proposèrent dès 1968 avec l'album Switched-On Bach. En France, un musicien comme Richard Pinhas propose, dès 1974, des "variations" électroniques d'une troublante modernité.

Mais formé en 1970, le groupe allemand Kraftwerk est cité à juste titre comme l'influence déterminante des artistes ayant donné naissance à la techno en tant que telle. Si l'ensemble de la discographie de Kraftwerk a connu un succès mondial, deux disques symbolisent plus particulièrement toute l'importance du groupe dans la genèse de la techno. Tout d'abord Autobahn, issu de l'album éponyme paru en novembre 1974, qui tout au long de ses 22 minutes expose déjà la plupart des éléments musicaux présents dans la future techno. Ensuite, c'est l'album Trans Europe Express paru en 1977, avec lequel entrent en contact Juan Atkins, Derrick May et Kevin Saunderson par l'intermédiaire de l'émission de radio Midnight Funk Association présentée par Charles "The Electrifying Mojo" Johnson entre 1977 et 1980, qui diffuse entre autres Trans Europe Express dans son intégralité.

A l'écoute de The Electrifying Mojo, Juan Atkins, Derrick May et Kevin Saunderson, trois amis surnommés "The Belleville Three" du nom de l'école secondaire où ils se sont rencontrés, sont ainsi exposés non seulement à Kraftwerk mais aussi à Giorgio Moroder, Tangerine Dream, The B-52's, Yello et bien d'autres artistes de cette grande avant-garde européenne, mais aussi à des artistes américains tels Prince ou George Clinton, ainsi qu'à l'ensemble du catalogue de la Motown. Juan Atkins, Derrick May et Kevin Saunderson citent tous trois l'émission Midnight Funk Association comme le déclic les ayant conduit à produire cette nouvelle musique bientôt appelée techno et Juan Atkins ajoute avoir entendu en Kraftwerk l'expression musicale concrète de l'ère électronique naissante.

Au regard de l'histoire, c'est en formant le duo Cybotron que Juan Atkins synthétise l'ensemble des influences reçues de The Electrifying Mojo et crée une musique qui, si elle est encore proche de celle de Kraftwerk, prend cependant ses distances notamment par l'abandon définitif de la structure chanson (introduction / couplets / refrain...). La techno naît symboliquement en 1985 avec la création par Juan Atkins du label indépendant Metroplex, suivi des labels Transmat (Derrick May, 1986) et KMS (1987, Kevin Saunderson).

Si la musique de Juan Atkins est toujours restée très cérébrale, Derrick May et Kevin Saunderson donnent à la techno son caractère explicitement dansant et festif. Jouée lors d'émissions de radio quotidiennes ou lors de fêtes plus confidentielles dans des clubs d'écoles secondaires de Détroit, la techno devient une musique de rassemblement et de fête mais son succès, qui reste longtemps confiné à sa ville d'origine, ne la dénature pas encore. Quelques clubs plus formels font leur apparition, notamment le Music Institute dans le centre-ville de Détroit, fondé entre autres par Derrick May. Même s'il n'a pas été d'une grande longévité, ce club a connu une renommée internationale grâce aux prestations de ses DJ's mixant des nuits durant et à son bar ne servant que des jus de fruits et des smart-drink (boissons sans alcool). C'est au Music Institute qu'un Richie Hawtin par exemple fera ses premières armes.

Les producteurs de musique ont utilisé le terme techno de manière généralisée à partir de 1984, avec le morceau Techno City de Cybotron. Des références sporadiques à une "techno-pop" bien mal définie ont pu être trouvées dans la presse musicale vers le milieu des années 1980. Mais ce n'est qu'avec la sortie de la compilation Techno! The New Dance Sound Of Detroit sur le label Virgin en 1988 que le mot a commencé à avoir le sens officiel qu'on lui connait aujourd'hui. Cependant, on pourrait aussi allouer le crédit du terme "techno" à un DJ et propriétaire de magasin de disques allemand, DJ Talla 2XLC, qui l'utilisait déjà dans son magasin en 1982 pour désigner un genre musical. Son groupe musical, le Moskwa TV (de), faisait d'ailleurs partie des groupes présentés par l'émission Midnight Funk Association.

Rétroactivement, des œuvres telles que le morceau ShareVari de A Number Of Names (1981), les premières œuvres de Cybotron (1981), le morceau I Feel Love de Donna Summer produit par Giorgio Moroder (1977) et les morceaux dansants du répertoire de Kraftwerk (entre 1977 et 1983), ont été qualifiés de techno, puis d'Electro en ce qui concerne A Number Of Names et Cybotron. Ces morceaux disco-électro partageaient avec la techno une utilisation intrinsèque de rythmiques électroniques et leur popularité sur les pistes de danse.